30.000 euros pour retaper une salle de bain, et autres dépenses délirantes à l’Assemblée nationale

Rénover une salle d’eau dans les appartements privés de l’Assemblée nationale ? 30.000 euros. Les futurs espaces de travail des députés transférés au palais Broglie ? 100 millions d’euros. Face à ce train de vie, Florian Bachelier, questeur de l’hémicycle, veut raboter les dépenses superflues.

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C’est bien connu, la vie fastueuse sous les ors de la République coûte un bras. Même plusieurs. Florian Bachelier, le premier questeur de l’Assemblée nationale, celui qui tient le porte-monnaie de l’institution, l’a appris lorsqu’il a souhaité y faire des travaux. L’anecdote est racontée par le Journal du dimanche (JDD) : le député LREM d’Ille-et-Vilaine reçoit un devis pour rénover une salle de bain de l’un des appartements privés du Palais-Bourbon, grande de 9 mètres carré. Le coût : 30.000 euros. Devant ces tarifs, en vigueur dans le 7e arrondissement, Florian Bachelier suffoque. Il passe un coup de fil à un ami spécialiste, qui lui dit qu’il peut s’en sortir pour 10.000 euros. Le parlementaire en déduit que, même à l’Assemblée, habituée aux surcoûts de toutes sortes, des économies sont possibles.

Des « dépenses superflues » à supprimer

« Pour la première fois, nous allons donner un cap de réduction du budget de l’Assemblée », se réjouit Florian Bachelier auprès du JDD. Ce dernier, avec les deux autres questeurs, présente à l’Assemblée ce mercredi 8 novembre une première mouture d’un plan d’économie. Pour 2017, le questeur, petit joueur, entend épargner un million d’euros sur les 550 millions d’euros annuels du budget. En 2018, il veut grappiller 10 millions, puis enfin 15 millions les années suivantes. Résumé au JDD par Thierry Solère, autre questeur, du groupe Les Constructifs: « Toute dépense superflue doit être supprimée. Dépenser moins, c’est un objectif général partout »

Et ces tenants des cordons de la bourse ne devraient pas avoir à creuser trop profond pour déterrer des cas de « dépenses superflues ». L’Assemblée nationale doit en effet rénover du sol au plafond le chic hôtel Broglie, sis à quelques encablures de l’hémicycle, pour la modique somme de 100 millions d’euros. C’est l’Elysée qui avait vendu en 2016 ces 7.158 mètres carrés à l’Assemblée nationale, et que la majorité voudrait transformer en lieu de travail – gageons de coworking – et d’hébergement pour les parlementaires. Là encore, les travaux pour transformer cette luxueuse mais très peu pratique demeure seront particulièrement dispendieux. Quelque 360.000 euros pour aménager un simple bureau double…

Dans la bouche des défenseurs de ce projet, à l’instar de François de Rugy, qui tient le perchoir de l’Assemblée, cette mise à disposition doit permettre d’en finir avec le caractère spartiate des locaux de l’Assemblée, où on peinerait à recevoir correctement.

Des députés abonnés à Airbnb

Sauf qu’il y a quelques hics. Déjà, ce bâtiment est-il toujours aussi nécessaire ? « Avec la réduction d’un tiers des députés [une volonté d’Emmanuel Macron annoncée en juillet, ndlr], maintenir cette décision devient inaudible. Quelle organisation, quelle entreprise ferait ça ? », interroge Florian Bachelier. Deuxième réserve, « les usages ont changé, les élus sont moins demandeurs de ce type d’hébergement », abonde le macroniste.

Le JDD nous apprend dans la foulée que de nombreux députés – LREM, mais pas que -, encore visiblement attachés à leurs habitudes issues de la société civile, « préféreraient loger en colocation ou via Airbnb plutôt que de dormir dans leur bureau plusieurs nuits par semaine« . Des dépenses sans doute déduites de leur enveloppe de « frais de représentation », le fameux IRFM, et donc bien payées par l’Assemblée. Mieux encore, « entre 50 et 100 députés » iraient à l’hôtel lors des sessions parlementaires, quand certains poussent les meubles de leur bureau pour pouvoir dormir… Autre piste à explorer éventuellement pour Florian Bachelier : celle d’un coup de rabot dans le salaire des questeurs. Celui-ci s’élève en effet à la bagatelle de 18.000 euros net mensuels. Il n’y a pas de petites économies.

Source : Marianne