Après la diffusion d’un enregistrement polémique, Laurent Wauquiez menace de « suites judiciaires »

Le président des Républicains a assuré, lors d’une conférence à Lyon enregistrée à son insu, que Nicolas Sarkozy « mettait sur écoute » ses ministres.

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« Si j’ai la moindre interface qui sort par le moindre élève, là, pour le coup, ça se passera très mal », avait prévenu Laurent Wauquiez devant les étudiants de l’Ecole de management de Lyon. La consigne était clairement énoncée : pas de vidéos, pas de tweets, pas même de retranscriptions de ses propos. Si les élèves ne jouaient pas le jeu, c’était clair : « Ce que je vais vous sortir serait juste le bullshit que je peux sortir sur un plateau médiatique. »

C’est pourtant bien un enregistrement sonore de la conférence donnée par le président des Républicains qu’a diffusé, vendredi 16 février, la chaîne de télévision TMC dans l’émission « Quotidien ». Et les propos recueillis à son insu sont un coup dur pour l’ancien ministre.

« Il les mettait sur écoute »

Car dans ces extraits, Laurent Wauquiez n’hésite pas à être péremptoire. L’homme fort des Républicains affirme ainsi que Nicolas Sarkozy plaçait ses ministres sur écoute, ou encore qu’Emmanuel Macron avait mis en place une « cellule de démolition » de François Fillon.

« Nicolas Sarkozy, il en était arrivé au point où il contrôlait les téléphones portables de ceux qui rentraient en conseil des ministres. Il les mettait sur écoute pour pomper tous les mails, tous les textos, et vérifier ce que chacun de ses ministres disait au moment où on rentrait en conseil des ministres », relate Laurent Wauquiez.

Quant à Emmanuel Macron, « objectivement, il a quand même eu un alignement de planètes assez inespéré. Que Fillon gagne la primaire et que derrière, il le démolisse… Je suis sûr et certain, qu’il l’a organisé, je pense qu’ils ont largement contribué à mettre en place la cellule de démolition », affirme le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Darmanin « va tomber »

M. Wauquiez aborde également le cas de Gérald Darmanin, le ministre de l’action et des comptes publics, dont la plainte pour viol qui le visait vient d’être classée sans suite par le parquet de Paris, mais qui doit encore affronter une enquête pour abus de faiblesse.

« Il sait très bien ce qu’il a fait. » « Il va tomber », dit notamment le président des Républicains (LR), au cours de cette conférence réalisée avant l’annonce du classement sans suite de l’enquête. Pour lui, le ministre va devenir, dans le quinquennat Macron, « l’incarnation de ce qu’a été [Jérôme] Cahuzac ».

« Le type sait très bien ce qu’il a fait, il sait très bien ce qui va arriver ! Juste, celui-là, je le commenterai deux secondes parce que, quand même, il est tellement drôle ! C’est génial ! »

M. Wauquiez revient également sur l’appel à la démission lancé par son parti à l’encontre du ministre, ex-LR lui-même.

« J’ai sorti ça, j’ai été en minorité à l’intérieur de mon parti. Moment très dur pour moi à gérer. J’ai eu toute une série de voix dissonantes qui ont dit non mais nous, on trouve que c’est bien, faut qu’il reste, présomption d’innocence. En ayant eu une séance de débat autour de la table avec un certain nombre de responsables de notre famille politique… En les regardant dans les yeux, je me demandais : il y en a combien qui se disent pourvu que ça ne m’arrive pas ».

« Des suites judiciaires »

Les réactions à cette diffusion ont été nombreuses. Laurent Wauquiez lui-même a dénoncé samedi la diffusion de ses propos, « enregistrés de façon illégale avec des méthodes peu déontologiques qui ouvrent la voie à des suites judiciaires ».

« Ces propos ont été tenus dans le cadre privé d’un enseignement, au cours d’une discussion libre avec des étudiants, parfois sur le ton de l’humour. Ce cours amenait notamment les étudiants à réfléchir sur les rumeurs et les fantasmes qui nourrissent la vie politique », explique M. Wauquiez. « Il n’a par exemple jamais été question dans mon esprit de soutenir qu’on ait fait surveiller des membres du gouvernement dans le cadre du conseil des ministres », assure-t-il.

Du côté du gouvernement, plusieurs voix se sont élevées pour critiquer le président des Républicains. « Diffamations, injures, vulgarité… Une conception particulière de l’enseignement », a ironisé vendredi soir le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. De son côté, le porte-parole de La République en Marche, Christophe Castaner, a déclaré y voir enfin « la vraie nature » de son homologue chez Les Républicains.

Le clan Sarkozy a fait savoir pour sa part que Laurent Wauquiez « s’est excusé » auprès de Nicolas Sarkozy, qui « en a pris note ». Sollicité par l’Agence france-Presse, l’entourage de M. Sarkozy « dément » par ailleurs « formellement cette grotesque histoire d’écoutes ».

Source : Le Monde