Arabie saoudite: dix princes et des dizaines d’ex-ministres arrêtés

Les autorités du royaume saoudien ont procédé à une purge politique sans précédent, qui doit permettre au jeune prince héritier de consolider son pouvoir.

le-prince-heritier-saoudien-mohammed-ben-salmane-a-ryad-le-24-octobre-2017_5966794

C’est une purge politique sans précédent qu’a vécu l’Arabie saoudite. Dix princes et des dizaines d’anciens ministres saoudiens ont été arrêtés samedi sur décision d’une commission anticorruption, a annoncé la chaîne satellitaire Al-Arabiya, à capitaux saoudiens. Parallèlement, les puissants chefs de la Garde nationale saoudienne, une force d’élite intérieure, et de la Marine ont été limogés.

« Dix princes et des dizaines d’anciens ministres arrêtés en Arabie saoudite », a tweeté la chaîne, qui n’a pas cité ses sources. L’information n’a pas été confirmée officiellement dans l’immédiat. Ces arrestations interviennent peu après la création, par décret royal, de cette commission, dirigée par le prince héritier et homme fort du royaume ultra-conservateur, Mohammed ben Salmane, âgé de 32 ans et surnommé MBS.

La promesse d’une Arabie « modérée »

Contrôlant les principaux leviers du gouvernement, de la défense à l’économie, Mohammed ben Salmane semble chercher à étouffer les contestations internes avant tout transfert formel du pouvoir par son père, le roi Salmane, âgé de 81 ans. Fin octobre, MBS, issu de la jeune génération princière saoudienne, a promis une Arabie « modérée », en rupture avec l’image d’un pays longtemps considéré comme l’exportateur du wahhabisme, une version rigoriste de l’islam qui a nourri nombre de jihadistes à travers le monde.

Non, la Terre ne tourne pas autour du Soleil, explique un cheikh saoudien

Il a lancé plusieurs chantiers de réformes -droit de conduire pour les femmes et ouvertures de cinémas notamment- qui marquent le plus grand bouleversement culturel et économique de l’histoire moderne du royaume, avec une marginalisation de fait de la caste des religieux conservateurs. Dans le même temps, il a oeuvré pour renforcer son emprise politique sur le pouvoir, procédant notamment en septembre à une vague d’arrestations de dissidents, dont des religieux influents et des intellectuels.

« Une onde de choc »

Selon des analystes, nombre de ces dissidents critiquaient la politique étrangère musclée du jeune prince héritier, comme le boycott du Qatar, ainsi que certaines réformes comme la privatisation d’entreprises publiques et la réduction des subventions de l’Etat. Parmi les personnes arrêtées figurerait le prince et milliardaire Al-Walid ben Talal, connu pour son franc-parler et qui avait lancé il y a un an un vibrant appel pour que les femmes obtiennent le droit de conduire, selon des sites web saoudiens.

Son groupe, la Kingdom Holding Company, qu’il détient à 95%, a d’ailleurs vu son cours chuter de 9,9% à l’ouverture dimanche. L’indice Tadawul All-Shares (Tasi), la Bourse la plus importante des pays arabes, était également en baisse, de 1,6%, une minute seulement après son ouverture, à la suite de la purge enclenchée par les autorités saoudiennes.

Une source aéroportuaire a par ailleurs indiqué que les forces de sécurité avaient cloué au sol des avions privés à Jeddah, ville qui borde la mer Rouge (à l’ouest), pour empêcher que certaines personnalités quittent le territoire. « L’étendue et l’ampleur de ces arrestations semblent être sans précédent dans l’histoire moderne de l’Arabie saoudite », a commenté Kristian Ulrichsen, membre du Baker Institute for Public Policy à la Rice University. « Si la détention du prince Al-Walid ben Talal se confirme, elle constituera une onde de choc sur le plan intérieur et dans le monde des affaires internationales », a-t-il estimé

Source : lexpress.fr