Bitcoin : un scandale de manipulation de cours ?

Les marchés du Bitcoin et des autres cryptomonnaies subissent une forte chute depuis le début de semaine. Les régulateurs américains ont ouvert une enquête pour manipulation de cours.

Bitcoin : un scandale de manipulation de cours ?

Il n’aura échappé à aucun investisseur en cryptomonnaies que les cours subissent une sévère baisse depuis une semaine (-9% sur le Bitcoin, -17% sur Ethereum). Cela s’explique par diverses raisons (les investisseurs n’ont pas choisi de direction claire depuis le krach de janvier-février), mais Bloomberg a dévoilé une information qui pourrait continuer à fragiliser le secteur. Selon le média financier, le département américain de la Justice, soit l’équivalent du ministère de la Justice français, a des soupçons sur des manipulations de cours. Il aurait ouvert une enquête.

Celle-ci s’intéresserait spécialement aux techniques de “spoofing”, une manipulation boursière qui consiste à offrir des titres à la vente ou l’achat dans l’intention d’annuler l’ordre juste avant qu’il soit exécuté. Ceci a pour conséquence d’orienter la demande des autres investisseurs, et notamment les ordinateurs de trading à haute fréquence. Ils sont de plus en plus utilisés sur les cryptomonnaies et particulièrement dans le cadre des contrats à terme en bitcoins (les fameux « futures ») qui s’échangent aux Bourses de Chicago.

L’enquête porterait également des cas de « wash trading ». Cela consiste à trader avec soi-même en donnant l’illusion aux autres investisseurs que le demande s’accroît et ainsi les attirer dans un piège.

Le « spoofing » a été déclaré illégal par la loi de régulation financière Dodd-Frank, adoptée en 2010 pour éviter une nouvelle crise financière. Donald Trump entend l’assouplir sans que l’on sache encore si le “spoofing” sera concerné. Le « wash trading » est illégal depuis 1936.

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QU’EST-CE QUE L’ENQUÊTE CHANGE ?

Sur le papier, il semble difficile de mettre fin à ce type de pratiques tant que les plateformes de trading ne seront pas régulées. En effet, toujours selon Bloomberg, les autorités américaines sont sceptiques quant à leur capacité à poursuivre les tricheurs. Le secteur est réparti en une douzaine de grandes places de marché et beaucoup ne sont pas installées aux États-Unis. OKEk, Binance, Huobi, Bitfinex, Upbit et Bithumb sont les plus importantes en terme de volumes et sont toutes asiatiques et/ou basées dans des destinations exotiques (Malte, Hong Kong, etc.).

Enfin, les organes de régulation s’écharpent encore sur la définition légale à donner aux cryptomonnaies (crypto-actifs selon le terme privilégié par la Banque de France). Les tokens (les unités des cryptomonnaies) sont-ils des titres financiers comme les autres, et auquel cas doivent-ils être surveillés comme les actions ? C’est tout l’enjeu du débat qui devrait durer encore de nombreux mois aux États-Unis. En attendant, les fraudeurs financiers peuvent se régaler.

Source : Capital