Cette enseignante combat avec succès les théories du complot, dès le CM2

« Un jour, un élève a admis qu’il aurait pu croire aux ‘chemtrails’ s’il n’était pas passé par mon cours. »Cette enseignante combat avec succès les théories du complot, dès le CM2

Voilà quatre ans que cette enseignante de Haute-Savoie apprend aux élèves de CM2 à se prémunir contre les théories du complot. Rose-Marie Farinella propose sur l’année entière, une heure par semaine, de chercher d’où viennent les informations dans la presse et sur Internet, de vérifier qui parle, qui écrit, de lire les « à propos » des sites.
Elle explique comment une photo ou une vidéo peut être manipulée, pareil pour une info sortie de son contexte, et évoque de but en blanc les « chemtrails », les « illuminati », les « reptiliens » et autres savoureuses théories conspirationnistes.
79% des Français adhèrent à une théorie du complot, au moins

« Mon objectif, explique-t-elle au HuffPost, c’est d’aiguiser l’esprit critique des élèves pour qu’ils ne se fassent pas manipuler et qu’ils deviennent des cyber-citoyens responsables, et capables de faire barrage aux idées haineuses et complotistes ».
Cette formation prend une autre dimension avec l’étude réalisée par l’Ifop pour Conspiracy Watch, révélée ce 8 janvier, selon lequel 79% des Français adhéraient à au moins une théorie du complot.
Un élève de Rose-Marie Farinella

Troisième prix mondial de l’Unesco

Pour cette semaine de la presse et des médias dans l’école, Le HuffPost a demandé à Rose-Marie Farinella si elle dressait un bilan positif de ses quatre années d’action. « Difficile d’évaluer cela, nous a-t-elle répondu d’emblée, parce que mes élèves partent ensuite vers le collège et rares sont ceux qui reviennent vers moi. En revanche, j’ai quelques petits indices qui me poussent à continuer. »


Parmi ces indices, on apprend que son enseignement a obtenu en 2017 le troisième prix mondial d’éducation aux médias délivré par l’Unesco et trois prix nationaux. La circonscription de Cluses, près de Grenoble lui a demandé de former d’autres professeurs à son projet pédagogique. Cette année, quatre se sont inscrits, dont la mère d’un ancien élève. « Ils ne sont pas nombreux parce que je l’ai ouverte sur la base du volontariat. On verra si le bouche-à-oreilles fonctionne pour l’an prochain », commente l’enseignante.

« Ils progressent en un temps record »

Et chez les élèves? À raison de 83 élèves atteints depuis 2014, celle qui enseigne d’ordinaire aux maternelles de l’école estime avoir un bilan positif. « Ils apprennent vite à cet âge, ils ont des réflexions étonnantes et pertinentes. Si on affûte leur regard, si on suscite des questionnements, ils progressent en un temps record. »

« Un jour, alors que j’évoquais les ‘chemtrails’, ces traces laissées dans le ciel par les moteurs d’avion, que certains prennent pour de l’épandage volontaire de produits chimiques, la classe riait de l’absurdité de cette théorie du complot, sauf un élève. Qui a admis qu’il aurait pu croire à cette théorie s’il n’était pas passé par mon cours. »

« Le conseil de l’école m’a fait part des remontées positives de la part des parents. Tous ceux qui avaient leurs enfants inscrits dans les promotions précédentes ont voulu inscrire leurs cadets. »

3,5 millions et demi d’élèves atteints en 2017

Rose-Marie Farinella n’est pas seule dans ce travail. Le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (Clemi) promeut des ateliers d’éveil à la presse, avec des contenus pédagogiques clé en main pour les enseignants. « En 2017, 210.000 professeurs se sont inscrits, rapporte Serge Barbet, directeur du Clemi, touchant ainsi trois millions et demi d’élèves, soit un élève sur quatre, pendant un mois complet. »

« D’autres professeurs mettent en place des cours à la façon de Rose-Marie Farinella, précise le directeur du Clemi. Je pense à Sophie Mazet et son manuel d’auto-défense intellectuelle. »

« La loi de refondation de l’école de 2013 a fait de l’éducation aux médias et à l’information une composante à part entière du socle de compétences à acquérir à la sortie du collège, rappelle Serge Barbet. Ces projets pédagogiques ont donc vocation à se généraliser. »

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Source : huffingtonpost.fr