Déjà multi-condamné, Dieudonné sous la menace d’un procès pour fraude fiscale

Le parquet de Paris a demandé le 28 septembre dernier le renvoi du polémiste controversé devant un tribunal. L’enquête a notamment mis au jour d’importants transferts d’argent suspects.

l-humoriste-dieudonne-m-bala-m-bala-repond-aux-journalistes-a-son-arrivee-au-palais-de-justice-de-paris-le-3-fevrier-2011_5445191

Déjà habitué des tribunaux pour ses sorties antisémites et racistes, Dieudonné est sous la menace d’un nouveau procès. Pas pour ses saillies cette-fois mais pour fraude fiscale, selon le réquisitoire rendu le 28 septembre par le parquet de Paris au terme de l’enquête sur la gestion suspecte de son patrimoine. Le ministère public, selon une information révélée ce jeudi par Les Jours, a également demandé le renvoi en correctionnel du polémiste pour « blanchiment de fraude fiscale » ainsi que pour « abus de biens sociaux » au préjudice de sa société Les Productions de la Plume.

Les investigations, déclenchées en 2013, ont mis au jour les énormes sommes en liquide manipulées pendant cinq ans par l’artiste controversé de 51 ans, qui se disait à l’époque ruiné et insolvable. Entre 2009 et 2014, Dieudonné M’bala M’bala, qui ne remplissait plus de déclaration d’impôts, a néanmoins réalisé des transferts d’espèces à l’étranger pour un total de 569 353 euros, principalement au Cameroun mais aussi en Chine, à Hong Kong et aux Emirats arabes unis, selon une source proche du dossier.

Une importante somme en cash retrouvée

En janvier 2014, les enquêteurs avaient également découvert plus de 650 000 euros, toujours en espèce, dans les coffre-forts de la propriété d’Eure-et-Loire du couple. Dieudonné avait expliqué que cette somme provenait de la billetterie de sa tournée en France pour son spectacle « Le Mur », que les autorités tentaient alors d’interdire en raison de ses sketchs jugés antisémites.

Contre sa compagne Noémie Montagne, le ministère public réclame qu’elle soit jugée à ses côtés pour abus de biens sociaux et fraude fiscale. Cette enquête, ouverte début 2013 par le parquet de Chartres avant d’être confiée à un juge d’instruction à Paris un an plus tard, « a révélé l’existence de mouvements financiers particulièrement suspects, occultes et dissimulés », conclut le parquet dans ses réquisitions.

Des transferts à destination du Cameroun

L’affaire était partie d’un signalement en décembre 2012 de Tracfin, la cellule antiblanchiment de Bercy, qui avait détecté une première série de transferts suspects de 414 000 euros entre 2009 et 2012 à destination de proches au Cameroun. Le fruit d’un héritage paternel, selon la défense de Dieudonné. Pourtant, au début de l’enquête, l’historique des comptes du polémiste « ne faisait ressortir aucun retrait d’espèces depuis janvier 2009 », selon une source proche du dossier.

Pour le parquet, les liquidités saisies en 2014 au domicile du couple provenaient « vraisemblablement des recettes de spectacles réalisés et non déclarés ». Les investigations ont d’ailleurs établi que le théâtre de la Main d’Or à Paris, où Dieudonné se produisait depuis 15 ans et duquel la justice a ordonné son expulsion mercredi, « était dépourvu de caisse enregistreuse comme de terminal de paiement bancaire », selon des témoignages versés à l’enquête.

« Une insolvabilité organisée »

Par la suite, une procédure antérieure, initiée par une plainte de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), avait été jointe au dossier. L’association avait obtenu la condamnation à plusieurs reprises de Dieudonné pour diffamation, provocation à la haine et à la discrimination raciale. Mais ce dernier ne réglait, jusqu’en 2014, ni ses amendes ni les dommages et intérêts.

Pour le parquet, c’est afin de se soustraire à ces condamnations, que Dieudonné aurait « organisé » son insolvabilité « en dissimulant tout ou partie de ses revenus » ou de ses biens. « C’est la suite logique de l’instruction, la Licra est dans l’attente d’une ordonnance de renvoi des juges », s’est félicité l’avocat de l’association antiraciste, David-Olivier Kaminski.

Source : lexpress.fr