Des milliardaires rêvent d’îles artificielles pour échapper au réchauffement

Alors que banquiers et dirigeants se retrouvent à Davos, des milliardaires de la Silicon Valley rêvent de créer des îles artificielles indépendantes des États. Et leur permettant d’échapper aux conséquences du changement climatique. Ils discutent avec la Polynésie française pour implanter la première expérience.

Des milliardaires rêvent d’îles artificielles pour échapper au réchauffement

Rien de moins qu’un archipel construit ex nihilo, pour échapper à la montée des eaux — et aux normes étatiques. C’est le rêve que caresse The Seasteading Institute (TSI), une association basée à San Francisco qui rassemble certains cerveaux fortunés de la Silicon Valley.

Devant un décor d’atoll de rêve, Joe Quirk, essayiste états-unien et porte-parole du mouvement, exalte les vertus humanistes des îles artificielles. « Enrichir les pauvres », « nourrir les affamés », « purifier l’atmosphère » : autant d’idées qui constituent les « huit grands impératifs moraux » que se donne l’Institut.

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Le TSI remonte à 2008. Il naît sous l’impulsion de Patri Friedman, petit-fils du célèbre économiste Milton Friedman, dont les ouvrages comme Capitalisme et liberté et La liberté du choix ont nourri Ronald Reagan, Margaret Thatcher et les néolibéraux actuels. Bien vite s’y associe une des plus grosses fortunes de la Silicon Valley : Peter Thiel. Cofondateur du système de paiement électronique PayPal, le milliardaire est notoirement opposé à toute intervention étatique dans l’économie. De tous les entrepreneurs de la Silicon Valley, il est le seul à avoir publiquement appelé à voter Donald Trump. En outre, il fait partie des plus importants financeurs du transhumanisme, car selon lui, « il est impossible de fixer a priori les limites de notre durée de vie ».

Tous les volets pratiques de la vie sur des îles artificielles

Depuis, le TSI a consolidé ses principes — via des podcasts de consultants hérauts du néolibéralisme — et les besoins concrets du projet. Sur le forum, les chefs d’entreprise intéressés par le TSI discutent de tous les volets pratiques de la vie sur des îles artificielles : la menace de la piraterie, l’évacuation des déchets, l’autonomie énergétique… Jusqu’à aboutir l’an dernier à un projet concret, finalisé par la signature d’un « recueil d’intentions réciproques » avec le gouvernement de la Polynésie française.

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Friedman et Thiel appartiennent à une même école de pensée : le libertarisme, qui prône l’absolue indépendance des individus envers toute forme de gouvernement. Pour échapper aux normes fédérales et à l’imposition, leur vient alors l’idée de profiter des solutions techniques qu’offre la géo-ingénierie pour construire des îles artificielles, situées en eaux internationales — ou à défaut dans des zones franches comme en Polynésie — afin d’échapper à toute réglementation. La vidéo « Stop Fighting » (ci-dessous) en résume l’idéologie : à l’en croire, les guerres ne découleraient que des gouvernements, d’où l’importance pour les citoyens de faire sécession en partant sur des îles lointaines pour s’autoadministrer.

Voir la vidéo du Seasteading institute :

À cette dérobade fiscale s’ajoute un souci climatique. Le projet repose sur un constat fataliste : face à l’inéluctable montée des eaux, mieux vaut prendre le large. En créant des îles autonomes, capables de s’adapter aux fluctuations des courants grâce à de petits caissons installés dans des colonnes d’eau, et dont l’aquaculture constituerait la pierre de touche. Non seulement cette culture suffirait à nourrir la population des plateformes insulaires, mais en outre, elle permettrait — assure la vidéo « Clean the Atmosphere » – de résorber la pollution en filtrant le CO2.

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