Un embryon chimère homme-cochon créé par des scientifiques

Pour la première fois, des chercheurs américains ont réussi le développement d’un embryon contenant à la fois des cellules humaines et des cellules de cochon. Le but recherché est de trouver un moyen pour créer des organes utilisables pour des greffes.

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Alors que des patients doivent attendre des années pour obtenir une greffe d’organe, des chercheurs s’activent pour trouver des alternatives. Certains tentent de mettre au point des protocoles qui permettraient de créer des organes humains dans des animaux, afin qu’ils soient utilisables pour des transplantations.

Une première mondiale vient d’être réalisée dans ce domaine : dans la revue Cell, des chercheurs du Salk Institute à La Jolla décrivent comment ils ont obtenu une chimère d’embryon contenant à la fois des cellules humaines et des cellules de porc.

Le cochon est un animal particulièrement intéressant pour cette recherche car ses organes sont de taille proche de celle des organes humains. De plus, la croissance de cet animal est bien plus rapide que celle des humains puisqu’il est possible, à partir d’une cellule fécondée, d’obtenir un cochon de 100 kg en seulement neuf mois. Plus rapide qu’une liste d’attente pour une greffe : en France, d’après l’agence de biomédecine, la durée moyenne d’attente pour une greffe de rein est supérieure à deux ans.

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De telles chimères pourraient servir à créer des greffes ou tester de médicaments

Pour ces travaux, les chercheurs ont testé différents types de cellules souches. Des dizaines de cellules ont été injectées dans des embryons de cochon, qui ont ensuite été implantés dans des truies, où ils se sont développés trois à quatre semaines (soit le quart de la durée de la gestation normale pour un cochon). Certaines cellules souches se sont incorporées dans l’animal en croissance.

D’après le Washington Post, lorsque les embryons ont été retirés et analysés, les chercheurs ont trouvé qu’environ une cellule sur 100.000 était humaine. Ces cellules humaines étaient réparties en différents endroits dans la chimère : beaucoup se trouvaient dans les tissus qui allaient donner le cœur (près de 10 % du tissu), certaines étaient au niveau des reins et du foie (1 % ou moins). Quelques-unes se sont développées en précurseurs de neurones, ce qui soulève beaucoup de questions éthiques : risque-t-on de créer un animal avec une conscience humaine ? La part représentée par les cellules humaines était donc faible et le protocole de recherche devait empêcher que l’embryon hybride arrive à maturité.

Cette chimère homme-cochon marque une avancée majeure pour créer des embryons animaux contenant des organes humains. Cette semaine, une autre équipe de chercheurs a montré dans Nature qu’il était possible d’obtenir un pancréas de souris dans un embryon de rat.

Les chercheurs espèrent qu’ainsi un jour il sera possible de faire pousser des tissus humains dans des animaux de ferme. Les embryons chimères peuvent aussi servir de modèles pour des recherches fondamentales sur le développement embryonnaire. Ils pourraient également permettre de tester des médicaments sans prendre de risque pour la santé humaine.

Source : futura-sciences.com