Ces femmes SDF pour qui la rue est « un enfer »

Ces « invisibles » sont régulièrement soumises à des violences, selon Agnès Lecordier.

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L’INFO. Elles sont plusieurs milliers et pourtant, on ne les voit pratiquement jamais : les femmes qui vivent dans la rue. Ces femmes SDF sont de plus en plus nombreuses et elles ont pour particularité de se cacher. Selon le dernier rapport de l’Insee, le nombre de SDF a augmenté de 50% depuis 2001 et parmi eux, il y a 7.000 femmes rien qu’à Paris.

>>> Cette détresse invisible, Agnès Lecordier a décidé de la combattre. Avec ses sœurs, elle a créé une association qui vient en aide à ces femmes SDF. Interview.

E1 : Qui sont ces femmes ?  

Les profils sont très variés. Il y a beaucoup de femmes qu’on appelle les ‘invisibles’. Vous ne pouvez même pas les identifier comme SDF quand vous les croisez dans la rue. Elles se cachent. Elles font en sorte de rester le plus propre possible dans la rue. Elles passent la journée dans les salles d’attente des gares. Il faut savoir que ces salles ferment à trois heures du matin. Et donc à partir de ce moment, elles vont se réfugier dans les services d’urgence des hôpitaux. Et le matin, elles repartent. Ça veut dire que ce sont des nuits sans sommeil. Dans la journée, elles essayent de grappiller quelques heures de sommeil en s’installant dans des endroits en sécurité, à proximité des commissariats de police.

E1 : Elles sont soumises à davantage de pression que les hommes ?

Leur vie est un enfer parce qu’elles sont soumises à tous les types de violences dans la rue. Elles ont aussi des problèmes d’hygiène aussi car les toilettes publiques sont payantes. C’est aussi un gros souci pour se laver. Il y a des bains-douches dans Paris mais ils sont en nombre insuffisants. Elles ont peur des agressions. Ce sont des ‘proies’, notamment pour les autres SDF. C’est une vie dans l’inquiétude permanente.

« Elles nient toute féminité » :

E1 : Mais il y a encore des cas encore plus graves. Vous me parliez de femmes qui se cachent sous des ordures, qui ne se lavent pas pour éviter de devenir la cible potentielle d’une agression…

Ces femmes là vivent véritablement cachées. Elles nient toute féminité. Parfois, on ne peut même plus les distinguer des hommes. Elles font en sorte d’être inattaquables, de répugner, de repousser les hommes afin de ne pas devenir des proies.

E1 : Quel âge ont-elles ?

Tous les âges. On a accueilli une femme qui avait 90 ans. Il faut savoir que l’espérance de vie d’une femme SDF est de 48 ans. Les plus jeunes sont prises en charge. Il y a tout un tas d’organismes qui sont prêts pour s’occuper d’elles. Par contre, les femmes, qui sont sans enfant et plus âgées, n’ont pratiquement aucune institution qui les prenne en charge.

E1 : Pourquoi ne vont-elles pas dans les centres d’hébergement ? 

Ces centres, c’est très bien, ils ont le mérite d’exister mais le problème, c’est qu’ils ne sont pas adaptés à tous les profils. Il y a encore des centres d’hébergement avec des chambres immenses et des dizaines de lits… Sont mélangés des gens avec des problèmes psychiatriques, des problèmes d’alcool. Toutes les femmes ne veulent pas aller là-bas. Elles préfèrent rester dans la rue.

E1 : Vous avez donc décidé de réagir.

Nous travaillons avec les Petits frères des pauvres. Avec la Fraternité Saint-Maur, nous avons ouvert des chambres d’hôtel où nous pouvons héberger des femmes. Une femme qui arrive à 17 heures à la Fraternité peut être hébergée à 18 heures, dans des chambres individuelles, refaites, avec toutes les normes d’hygiène. Notre but serait d’avoir le plus de chambres possibles. Après on met en place des solutions d’hébergement plus pérennes pour qu’elles soient dans leur propre appartement avec leur clé ainsi qu’un accompagnement par des bénévoles. On a aussi mis en place des séjours de réinsertion chez des agricultrices qui accueillent des femmes de la rue. Avec les Petits frères des pauvres, nous avons mis en place un centre de soins où elles peuvent rencontrer une infirmière. Et nous avons mis en place des partenariats avec des cabinets médicaux.

>> Pour consulter le site de la Fondation Lecordier, cliquez-ici. 

Source : Europe1