Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy impliqués dans un scandale de vente d’armes en Afrique du Sud

Selon l’ancien avocat de la firme, en 2004 et 2008 les deux présidents français auraient fait pression sur leur homologues africains, afin d’étouffer une affaire de corruption impliquant la société d’armement française Thales (alors Thomson-CSF).

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En Afrique du Sud, depuis plusieurs années, le scandale a un nom : « Arms Deal« . Et depuis plusieurs mois, il a aussi des répercussions au plus haut niveau de l’État : Jacob Zuma, actuel président du pays, empêtré dans ces affaires de corruptions, est depuis plusieurs mois poussé vers la sortie par son propre parti, l’ANC.

Corruption, réception de pots-de-vin, ce ne sont pas moins de 783 chefs d’accusation qui visent le leader du pays. Sont en cause principalement des sommes d’argent reçues 1999, lors de la signature d’un contrat d’armement de 1,9 milliards d’euros noué avec l’entreprise française Thales (à l’époque Thomson-CSF). Un arrangement que deux anciens présidents français, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, auraient contribué à étouffer.

Corruption et protection politique

Comme le rapporte le Mail&Guardian, journal sud-africain, les noms des deux présidents français ont été cités à plusieurs reprises, lundi 5 février, par Ajay Sooklal. L’ancien avocat, employé de 2003 à 2009 par la société d’armement, a émis ces accusations face au tribunal anti-corruption, créé à la suite des affaires visant Jacob Zuma.

Selon Ajay Sookal, en 2004 et 2008 Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy auraient demandé à l’ancien président Thabo Mbeki, ainsi qu’à Jacob Zuma, alors député et successeur présumé, d’enterrer l’enquête lancée contre Thales et Thint, la filiale sud-africaine de la société française Il s’agissait de dissimuler des sommes d’argents, remises aux hommes politiques africains par l’entreprise d’armement afin d’obtenir des contrats. En 2005, l’ancien conseiller financier de Jacob Zuma, Schabir Shaik, avait déjà été condamné à quinze ans de prison pour des chefs d’inculpation qui comprenaient des demandes de pots-de-vin auprès de Thomson-CSF.

Toujours selon Ajay Sookal, Nicolas Sarkozy aurait exercé des pressions sur Joseph Zuma à deux reprises. Une première fois en Afrique du Sud : Ajay Sookal affirme avoir été témoin d’une scène où le président français demandait à Jacob Zuma de « faire disparaitre » l’enquête visant Thales ; puis lors d’une visite de Jacob Zuma à Paris. Si Sookal n’a pas été en mesure de fournir la date exacte de la première entrevue, l’hebdomadaire africain a pu faire concorder cette rencontre avec la visite du président français à Cap Town en février 2008, où il prononça un discours concernant « l’avenir du continent africain ». À cette occasion, les deux hommes d’Etat se seraient rencontrés en privé à l’hôtel Westin.

Une crise politique majeure

Ajay Sooklal est bien placé pour témoigner : ancien employé de Thales connu pour sa proximité avec les dirigeants de l’ANC, c’est lui qui était chargé de la distribution des pots-de-vin à Zuma, de 2003 à 2009. Aujourd’hui considéré par les associations anticorruption comme un lanceur d’alerte, il affirme que le président sud-africain lui-même lui a demandé « de ne pas informer la commission [d’enquête sur l’Arms Deal] que les Français [lui avait] versé de l’argent jusqu’en 2009”.

Ces révélations interviennent au pic de la crise politique qui secoue l’Afrique du Sud. La situation se tend autour de Jacob Zuma, à qui l’on reproche d’avoir « vendu le pays aux grandes firmes internationales pour son propre profit », selon Marianne Séverin, chercheuse spécialiste de l’ANC, citée par Libération. Alors qu’il refuse toujours de démissionner sous la pression de son parti, son avenir – politique comme judiciaire – est plus que jamais en suspens.

Source : lesinrocks.com