L’eau du barrage effondré au Laos gagne le Cambodge, des milliers de déplacés

Des torrents d’eau boueuse échappés d’un barrage hydroélectrique au Laos ont gagné jeudi le Cambodge voisin, où des milliers de villageois ont dû être évacués, tandis qu’au Laos les secouristes recherchaient plus de 130 disparus.

The Mekong River Under Threat From Dam Construction

Le dernier bilan de cet accident sans précédent pour le Laos, qui mise sur le développement de nombreux barrages électriques pour satisfaire les appétits de ses voisins asiatiques, est de 27 morts.

L’eau a désormais atteint le Cambodge voisin, engloutissant 17 villages et faisant des milliers de déplacés.

« Dix-sept villages ont été inondés à cause de l’effondrement du barrage au Laos », a déclaré à l’AFP Men Kong, porte-parole de la province de Stung Streng.

« Nous avons évacué 5.600 villageois car leurs maisons étaient submergées », a-t-il précisé, sans faire état de morts ou de disparus. Les autorités cambodgiennes, qui organisent dimanche des élections législatives, s’attendent à une montée des eaux et à de nouvelles évacuations, après celles débutées mercredi.

Trois jours après le drame, sous de fortes pluies de mousson balayant le Laos, les sauveteurs, dont des renforts envoyés par la Chine, le Vietnam et la Thaïlande, étaient mobilisés, distribuant kits de secours et vivres.habitants-retournent-euxles-inondations-provoquees-effondrement-barrage-26-juillet-2018-Sanamxai-province-Attapeu-Laos_1_729_486

Des habitants retournent chez eux après les inondations provoquées par l’effondrement d’un barrage, le 26 juillet 2018 à Sanamxai, dans la province d’Attapeu, au Laos / AFP

Les routes ont été gravement endommagées, voire totalement emportées. Dans les villages laotiens où l’eau commençait jeudi à baisser, les habitants tentaient de sauver ce qui pouvait l’être, débarrassant les rues des animaux de femre morts.

Mais la zone la plus touchée était interdite aux médias, a constaté une équipe de l’AFP sur place. Depuis que le drame s’est produit, lundi, le régime autoritaire laotien contrôle étroitement les informations.

« J’ai vu de nombreux corps… Il y avait des corps qui flottaient… Les autorités les ont ramassés mais ils n’ont pas emballé correctement les corps et c’était terrible », témoigne auprès de l’AFP Tran Thanh, un villageois d’une quarantaine d’années qui a réussi à fuir le village de Ban May.

Il assure que des villageois sont isolés, entourés par les eaux, sur une montagne proche du village, dans l’attente que les secours puissent les atteindre.

Le Premier ministre laotien, Thongloun Sisoulith, a attendu mercredi soir, soit deux jours après le drame, pour livrer le premier bilan humain officiel de la catastrophe du barrage de Xe-Namnoy.

– Trop tard –

Les rescapés, traumatisés, assuraient jeudi avoir été prévenus trop tard.Laos-effondrement-barrage_2_729_980
Laos : effondrement d’un barrage / AFP

« Personne ne nous a informés. Les habitants ont vu l’eau arriver et se sont mis à crier », accuse, comme d’autres habitants interrogés par l’AFP, Poosa Duangapai, réfugiée dans un abri collectif établi dans une école maternelle.

Elle a parcouru plusieurs kilomètres sur son petit tracteur, pour échapper aux eaux qui ont recouvert son village de Kok Kloy. « C’est tout ce qui me reste », ajoute-elle.

Lundi, « les autorités nous ont prévenus par haut parleur vers 16H00 que de l’eau allait être libérée… Nous n’avions pas conscience du risque d’effondrement du barrage », raconte Tran Van Bien, ouvrier agricole vietnamien qui a réussi à fuir la zone avec sa femme et son fils de cinq ans.

Outre un avertissement tardif aux villageois, la polémique porte sur le fait que des dégâts, causés par des pluies très abondantes, avaient été repérés sur la structure plusieurs jours avant son effondrement, sans qu’aucune évacuation préventive soit effectuée.

Plus de 50 projets hydroélectriques sont en cours de réalisation au Laos, un petit pays rural et montagneux enclavé au coeur de la péninsule indochinoise.

Le Laos exporte la majeure partie de cette électricité, notamment vers la Chine, le Vietnam et la Thaïlande.

Source : La Croix