Les horloges de vos appareils électroménagers ne sont plus à l’heure ? Voici pourquoi

Une opposition entre la Serbie et le Kosovo est à l’origine d’une légère baisse de fréquence sur le réseau électrique européen avec pour conséquence un décalage de toutes les horloges à quartz branchées sur le secteur.

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DÉCALAGE. Vous l’avez peut-être constaté chez vous en consultant l’horloge de votre four ou de votre radio-réveil branché sur le secteur. Si vous n’avez pas cherché à les régler depuis mi-janvier, ceux-ci présentent un retard d’environ 6 minutes par rapport à l’heure exacte, consultable sur le site de l’horloge parlante. La raison de ce décalage ? Une légère baisse dans la fréquence du réseau électrique. Habituellement, elle est calibrée sur une fréquence de 50 Hertz. Mais depuis mi-janvier 2018, cette fréquence est légèrement inférieure : 49,996 Hertz, explique un communiqué de l’Entsoe, association regroupant les principaux gestionnaires de réseau de transport en Europe. Contacté par Sciences et Avenir, l’entreprise RTE (Réseau de Transport d’Électricité) chargée d’assurer le transport du courant sur le territoire français a confirmé cette baisse de fréquence. « D’habitude elle oscille légèrement au-dessus, légèrement dessous, mais là, cela fait plusieurs semaines que la fréquence demeure sous les 50 Hertz, d’où ce décalage des horloges » nous a expliqué un porte parole d’RTE.

La fréquence électrique pour synchroniser les horloges

En effet, la plupart des appareils électriques équipés d’un affichage de l’heure (four, micro-onde, lecteur DVD, platine radio, ou encore radio-réveil) utilisent cette fréquence précise de 50Hz (en Europe) pour synchroniser leur horloge. D’autres pays (du continent américain par exemple), utilisent eux une fréquence de 60 Hz. En effet, la plupart de ces appareils sont équipés d’un oscillateur à quartz qui vibre à une fréquence précise lorsqu’il est stimulé électriquement. Dans des conditions normales de fonctionnement, ces horloges sont donc calibrées pour recevoir 50 ou 60 impulsions par seconde (correspondant à la fréquence du courant dans le pays où ils sont utilisés). Mais si la fréquence du réseau baisse, les secondes perçues par l’horloge s’allongent et celle-ci se met peu à peu à retarder. Certes, dans notre cas la baisse est infime (0,004 Hertz), mais puisqu’elle dure depuis mi-janvier, les retards infimes se cumulent ce qui conduit au final à un décalage de plus de 5 minutes. « Cette baisse de fréquence n’a toutefois pas eu d’impact sur les industries ou sur la production. Et elle ne risque pas non plus de dégrader les appareils électriques qui sont conçus pour supporter ces variations de fréquence » nous a précisé RTE.

Et cette baisse de fréquence dans le réseau ne concerne pas que la France. Elle touche en réalité toute l’Europe. La raison ? Il y a eu beaucoup moins d’énergie électrique injectée dans le réseau européen. Cette quantité moindre a eu pour conséquence de faire baisser la fréquence générale sur le réseau. La cause ? « Une guerre énergétique lancée par le Kosovo au sein du réseau européen d’électricité » affirment nos confrères du Parisien. « Selon nos informations, le Kosovo, mais aussi la Serbie, ont lancé une véritable guerre diplomatique pour faire pression et rejoindre, de façon plus officielle, le club des pays formant ce « réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité », très influent à Bruxelles sur les directives et décisions européennes » poursuivent-ils. En effet, dans son communiqué, l’Entsoe confirme que ce décalage de fréquence a pour origine la région des Balkans où se trouvent la Serbie, la Macédoine, le Monténégro et le Kosovo. Et c’est effectivement ce dernier qui est pointé du doigt. « Le Kosovo a réduit sa production tout en continuant à ponctionner de l’électricité sur l’ensemble du réseau pour ses propres besoins » accuse Susanne Nies, porte parole de l’Entsoe, contactée par Sciences et Avenir. « Il a manqué 113 GWh au réseau pour assurer la continuité de la fréquence » chiffre-t-elle.

Un conflit politique

Mais s’agit-il d’une véritable volonté politique de la part du Kosovo ou d’une simple incapacité technique ? En effet le Kosovo, petit pays de moins de 11.000 km2 (c’est-à-dire à peine plus grand que le département français de la Gironde), peine de manière chronique à approvisionner ses propres habitants en électricité. Sa principale centrale électrique, fonctionnant au charbon, date de 1962 et son réseau manque de fiabilité. Les habitants, régulièrement confrontés à des coupures de courant, qu’ils pallient à l’aide de générateurs thermiques. « Cela joue aussi ! concède Susanne Nies. Le Kosovo est aussi le pays le plus pauvre d’Europe. Mais c’est bel et bien un problème politique qui est à l’origine de la situation actuelle poursuit-elle. En effet, lors de sa déclaration d’indépendance en 2008, le Kosovo a été reconnu par 115 états mais pas certains, notamment la Serbie qui considère que cette zone fait partie de son territoire. Du fait de ce conflit, la Serbie refuse de compenser la moindre production électrique du Kosovo, ce qui a conduit à cette crise. « Une situation inédite par sa durée et par son ampleur en Europe » affirme Susanne Nies. « La bonne nouvelle est toutefois que le Kosovo semble avoir repris une production normale d’électricité nous a-t-elle confié. Espérons que cela dure… »

Source  : sciencesetavenir.fr