Listéria du maïs et d’autres légumes contaminés

De nombreux produits contenant des légumes surgelés provenant de Hongrie pourraient entraîner un risque de listériose. La France organise leur rappel.Listéria du maïs et d’autres légumes contaminés

L’alerte a été lancée le 11 juillet en France : des légumes surgelés en provenance de Hongrie, vendus dans de nombreuses enseignes de métropole et d’outre-mer, présentent un risque de contamination aux listérias.

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), qui publie la liste des produits concernés, comptabilise déjà, au 18 juillet, près d’une vingtaine de références (sachets de légumes surgelés, plats préparés, salades…).

47 cas de listériose dont 9 décès

On n’est sans doute qu’au début de l’affaire et cette liste – que 60 Millions met régulièrement à jour dans sa rubrique Alerte produits – va s’étoffer au fil des jours.

Selon le rapport de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), on a affaire à « une épidémie multi-pays de Listeria monocytogenes ».

En trois ans, 5 pays européens ont déclaré 47 cas de listériose liés à du maïs surgelé et « possiblement à d’autres légumes congelés », dont 9 décès. La France n’a, à ce jour, recensé aucun cas de listériose correspondant à la souche ayant contaminé ces légumes.

Les symptômes de la listériose

Provoquée par l’ingestion de listérias (les bactéries Listeria monocytogenes), la listériose se caractérise par l’apparition d’une fièvre (plus ou moins élevée), de maux de tête et parfois de troubles digestifs (nausées, diarrhées, vomissements). Les femmes enceintes doivent être particulièrement attentives à ces symptômes, car cette maladie peut entraîner des conséquences sanitaires pour l’enfant. Les personnes âgées ainsi que celles présentant un système immunitaire fragile doivent également être vigilantes.

Les consommateurs qui déclarent ces symptômes suite à l’ingestion d’aliments figurant dans la liste de rappels doivent consulter leur médecin traitant en lui signalant cette consommation.

Usine de congélation en Hongrie

L’origine de cette épidémie ? Une usine de l’entreprise belge Greenyard. « Les informations de traçabilité pour les produits contaminés désignent l’usine de congélation en Hongrie (société A) comme la source de la contamination », relatent l’EFSA et l’ECDC.

Peu de mystère autour de l’identité de cette « société A » : au lendemain de la publication du rapport, Greenyard annonçait dans un communiqué le rappel de ses denrées congelées fabriquées dans son usine de Baja (Hongrie) entre août 2016 et juin 2018. Une action exigée le 29 juin 2018 par l’Agence hongroise de sécurité des aliments.

Maïs, pois, haricots, épinards, oseille

Les légumes surgelés de Greenyard ne se retrouvent pas uniquement dans des poêlées, mais aussi dans des salades toutes prêtes, des plats préparés, et probablement dans d’autres types de produits.

Même si le maïs est le principal accusé, l’entreprise informe dans son communiqué que les produits concernés par le rappel incluent également « des pois, des haricots, des épinards et de l’oseille ». Ainsi, le 17 juillet, deux lots de sachets composés uniquement de petits pois surgelés, de marque Pinguin, ont été rappelés.

Difficulté à identifier toute la chaîne

Comme dans l’affaire des œufs au fipronil en 2017 ou celle du jambon à la listéria début 2018, la difficulté consiste désormais à retrouver toutes les denrées contenant des légumes potentiellement contaminés. La chaîne alimentaire fourmille d’intermédiaires entre le fabricant et le distributeur, ce qui peut ralentir les alertes et rappels.

La restauration collective est sans doute elle aussi concernée. Par exemple, les magasins Promocash, où se fournissent nombre de restaurateurs et revendeurs de type snack, ont procédé à un premier rappel de pois surgelés.

80 pays potentiellement concernés

« L’épidémie continue, ou a été en cours jusqu’à très récemment », précisent l’EFSA et l’ECDC dans leur rapport, et ce malgré l’absence sur le marché de légumes Greenyard produits en 2018. Les dates limites des surgelés peuvent effectivement courir jusqu’en 2019, et la période d’incubation de la listériose peut s’étendre jusqu’à 70 jours après la consommation…

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Depuis 2016, les surgelés Greenyard ont malheureusement eu le temps de voyager à travers le monde : l’entreprise belge indique travailler avec des établissements répartis dans près de 80 pays. La question de potentiels cas liés à l’ingestion des aliments de Greenyard hors de l’Europe reste donc entière.

Une épidémie sans doute sous-estimée

Les institutions européennes préviennent également qu’« il est probable que l’ampleur de cette épidémie a été sous-estimée ». En effet, les experts sollicités pour le rapport ont comparé l’ADN des listérias retrouvées dans des légumes suspects à celui des bactéries de malades. Mais la technique de séquençage nécessaire à cette comparaison n’est utilisée que par « un sous-ensemble des pays de l’Union européenne » pour caractériser la souche de Listeria monocytogenes.

Dans certains pays, des cas de listériose ont donc pu passer à travers les mailles du filet.

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Les consommateurs bientôt mieux informés en cas d’alerte ?

C’est l’affaire Lactalis qui est à l’origine de la prise de conscience : le système français de retraits et de rappels de produits fonctionne mal. Sur demande du ministère de l’économie, le Conseil national de la consommation (CNC), l’instance paritaire réunissant professionnels et représentants des consommateurs, s’est donc saisi de la question.

Dans le rapport qu’il vient de rendre, le CNC préconise plusieurs mesures afin d’améliorer l’information du consommateur : affiches standardisées et visibles dans toutes les enseignes ; rappels accessibles sur le site Internet des professionnels ; contact direct via les cartes de fidélité ; possibilité d’utiliser les données bancaires pour contacter les clients…

Surtout, la principale recommandation concerne la création d’un site administratif public qui recenserait tous les produits concernés : les professionnels seraient obligés de notifier tous leurs rappels. Actuellement, ils sont déjà censés les signaler à l’administration – une obligation qui n’est pas toujours respectée, comme le reconnaît d’ailleurs la DGCCRF. Aucune date n’a été fournie quant à la mise en place effective de ce site d’information.

Source : 60millions-mag.com