L’ONU alerte sur l’augmentation des résistances aux antibiotiques

Des experts de l’ONU, réunis à Nairobi dans le cadre de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement, ont publié mardi 4 décembre 2017 un rapport alertant sur l’augmentation alarmante des résistances aux antibiotiques, leur faisant craindre une crise sanitaire majeure dans les prochaines décennies.

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L’ONU a mis la planète en garde mardi 4 décembre 2017 contre la hausse de la résistance aux antibiotiques, favorisée par le rejet dans l’environnement de médicaments et de certains produits chimiques, qui constitue une menace sanitaire majeure. Si cette tendance se poursuit, le risque augmentera de contracter des maladies incurables lors d’activités aussi anodines que nager dans la mer, ont averti des experts réunis à Nairobi dans le cadre de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement. Dans un rapport publié mardi 4 décembre et intitulé « Frontières 2017 », ils préviennent que « le rejet dans l’environnement de composés antimicrobiens provenant des foyers, des hôpitaux et des établissements pharmaceutiques, ainsi que du ruissellement agricole (…) favorise l’évolution bactérienne et l’émergence de souches plus résistantes« .

Le rôle de l’environnement et de la pollution a reçu trop peu d’attention

La résistance antimicrobienne est un casse-tête croissant pour les agences sanitaires internationales. A l’échelle mondiale, environ 700.000 personnes meurent d’infections résistantes chaque année. Comme les antibiotiques et les bactéries y résistant proviennent de la même source, on les trouve souvent ensemble, explique le rapport, pointant du doigt les principaux flux de déchets, y compris les eaux usées, le fumier et le ruissellement des terres agricoles. « Partout dans le monde, en raison du rejet des effluents municipaux, agricoles et industriels dans l’environnement, de nombreux cours d’eau, sédiments et sols sont pollués par de fortes concentrations d’antibiotiques », s’inquiète Erik Solheim, directeur du Programme de l’ONU pour l’environnement (PNUE). « Les études ont d’ores et déjà lié l’utilisation inadéquate des antibiotiques chez l’homme et dans l’agriculture au cours des dernières décennies à l’apparition d’une résistance croissante des bactéries, mais le rôle de l’environnement et de la pollution a reçu trop peu d’attention« , a-t-il observé.

D’après le rapport, 50 % des déchets solides municipaux finissent dans des décharges, parfois sauvages. Ces déchets peuvent comprendre des médicaments non utilisés ou périmés ou des produits antibactériens, comme les désinfectants et les métaux lourds, qui sont toxiques pour les germes. Ces produits créent une pression de sélection sur les bactéries, habituées à devoir se protéger contre ce genre de menaces de la part de ses congénères concurrentes. Les conditions idéales sont ainsi réunies pour développer des bactéries résistantes aux médicaments, qui plus est dans des endroits où les humains seront en contact avec elles. « Si vous regardez les eaux côtières où (…) vous pouvez être fortement exposé à l’environnement, nous savons que nous pouvons comptabiliser là un nombre très élevé de bactéries résistantes« , s’est alarmé Will Gaze, de l’université d’Exeter, en Angleterre, l’un des co-auteurs du rapport.

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La résistance aux antibiotiques dans le monde. Carte de la consommation d’antibiotiques dans le monde et de la résistance de la bactérie Streptococcus pneumoniae à la Pénicilline-AFP/Simon MALFATTO

Les stations d’épuration, les zones d’échange de gènes de résistance entre bactéries

Ces résistances proviennent de la capacité de certaines bactéries à transférer entre elles des gènes garantissant une résistance aux médicaments, les passer aux générations futures, les récupérer directement dans l’environnement ou bien les modifier dans leur propre ADN. A l’heure actuelle, d’après le rapport, entre 70 et 80% de tous les antibiotiques consommés par les humains ou les animaux agricoles retournent dans l’environnement via les excréments. Ainsi, les stations d’épuration pourraient être « l’un des principaux endroits  » du transfert de gènes entre bactéries,  » en raison de la forte densité de bactéries et de la richesse en nutriments qui les caractérisent« . « Si on regarde le système de rivières, on voit de fortes hausses de la résistance en aval des centres de traitement des eaux usées (…) associée à un certain type d’utilisation des terres, comme les pâturages par exemple« , a encore noté Will Gaze. Selon lui, « la majorité de ces centaines de milliers de tonnes d’antibiotiques produits chaque année finit donc dans l’environnement« , en partie à cause du gaspillage d’eau et de l’agriculture. Or, d’après l’ONU la consommation d’antibiotiques destinés aux êtres humains a augmenté de 36 % au cours de ce siècle et leur utilisation dans l’élevage augmentera de 67 % à l’horizon 2030.

Des « superbactéries » qui nous ramèneraient « aux années d’avant 1940 »

Un précédent rapport publié en 2014 avait prévenu que les pathologies résistantes aux antibiotiques pourraient tuer 10 millions de personnes par an d’ici 2050, ce qui en ferait la principale cause de décès, devant les maladies cardiaques ou le cancer. “L’avertissement est vraiment effrayant : les humains pourraient participer au développement de superbactéries féroces en raison de notre ignorance et de notre négligence”, a estimé Erik Solheim. « Nous pourrions entrer dans ce que les gens appellent l’ère post-antibiotiques, où nous reviendrons aux années d’avant 1940 où une simple infection (…) deviendra très difficile, sinon impossible » à soigner, a expliqué à l’AFP Will Gaze. Le rapport rapporte ainsi que selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « nous pourrions bientôt entrer dans une ère post-antibiotique, où des infections bactériennes simples, auparavant guérissables, seront à nouveau mortelles et où le recours à des soins médicaux courants nécessitant des traitements antibiotiques préventifs, tels que la pose d’une prothèse articulaire ou la chimiothérapie, ne sera plus possible ».

Que pouvons-nous faire ?

Le rapport « Frontières 2017 » recommande la mise en place de politiques responsables étayées par la recherche fondamentale, pour savoir par exemple quels antibiotiques restent bioactifs une fois en contact avec le sol, nécessitant ainsi plus d’attention, ou encore comment rendre le traitement des eaux usées plus efficace.

Quelques mesures sont préconisées par les experts au niveau mondial :

  • Réduire le déversement dans la nature d’antibiotiques et de composés favorisant l’apparition de résistances, en utilisant ces derniers de manière plus mesurée et plus judicieuse.
  • Améliorer la gestion des eaux usées dans les lieux critiques que sont les hôpitaux, les sites de fabrication de médicaments, les stations d’épuration des eaux usées et les sources agricoles.
  • Cesser d’utiliser les antibiotiques pour favoriser la croissance des animaux d’élevage.
  • Limiter l’utilisation de produits ménagers et de toilette contenant des substances antimicrobiennes.
  • Encourager les innovations technologiques qui font en sorte que les antibiotiques nouvellement mis au point se décomposent rapidement après avoir agi.
  • Diffuser plus largement les découvertes pour sensibiliser davantage le public ainsi que les responsables politiques et communautaires à cette question.

 

Source : sciencesetavenir.fr