« Madagascar est le seul pays qui s’appauvrit depuis soixante ans sans avoir connu la guerre »

Des chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) mettent en avant le rôle prédateur des élites, la faiblesse de la société civile et le tabou de la violence pour expliquer la trajectoire singulière de la grande île de l’océan Indien.

DOUNIAMAG-MADAGASCAR-MINING-SAPPHIRE
A malagasy Sapphire miner resurfaces from a hole in the ground during mining at an informal Sapphire mine on December 2, 2016 on the outskirts of Sakaraha, Madagascar.
Sapphires were first discovered in Madagascar in the late 1990s, and already the Indian Ocean island is one of the world’s largest producers of the precious stones. / AFP PHOTO / GIANLUIGI GUERCIA

Mireille Razafindrakoto, François Roubaud et Jean-Michel Wachsberger, tous trois rattachés au centre de recherche Développement, institutions et mondialisation (DIAL), ont tenté de comprendre l’« énigme » malgache. Madagascar est en effet le pays n’ayant subi aucun conflit majeur à s’être appauvri depuis son indépendance, en 1960. Dans leur ouvrage L’Enigme et le paradoxe. Economie politique de Madagascar (IRD Editions, 280 p., 32 euros), les trois chercheurs livrent quelques pistes de compréhension. Une certitude ressort : les élections de 2013, qui ont porté Hery Rajaonarimampianina au pouvoir, n’ont rien changé à « la donne structurelle de l’équation malgache. Le déclenchement d’une nouvelle crise peut intervenir à tout moment ».

En quoi consiste l’« énigme » malgache que vous avez identifiée ?

François Roubaud Parmi les pays en voie de développement, Madagascar a suivi une trajectoire singulière. Depuis près de soixan­te ans, l’île n’a cessé de s’appauvrir, et rien ne semble pouvoir inverser cette tendance. Le revenu par habitant est inférieur d’un tiers à ce qu’il était au moment de l’indépendance alors que, dans le même temps, il a été multiplié par trois dans les pays d’Afrique sub­saharienne, dont les performances sont pourtant loin d’être mirobolantes. Si l’on compare la situation avec celle de pays tels que la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le ­Bénin ou le Burkina Faso, on constate que Madagascar s’est fait distancer économiquement, y compris par ceux qui sont moins riches en ressources naturelles. Cette récession n’est pas continue sur la période ; à de nombreuses reprises, une ébauche de décollage a semblé possible, mais à chaque fois elle s’est soldée par une crise majeure.

Lire la suite sur  Le Monde