Nantes: Héberger un migrant à la maison, une initiative qui prend de l’ampleur

Alors que la situation des jeunes mineurs isolés inquiète, de plus en plus de foyers nantais hébergent bénévolement des migrants. Plusieurs centaines de familles auraient rejoint le mouvement…960x614_lucie-francois-font-partie-hebergeurs-solidaires

Ils ne vont pas dans les manifestations, donnent rarement à des associations. « On n’est pas des militants », résument Lucie et François. Pourtant, depuis le mois de juin, ce couple de Nantais a ouvert gratuitement sa porte à un migrant de 17 ans venu de Guinée. « Tout s’est fait simplement, indique Lucie, 41 ans, quatre enfants à la maison. J’ai vu un message sur Facebook et j’ai contacté l’association. Trois jours plus tard, Abdoulaye arrivait. »

L’association, c’est Les Hébergeurs solidaires, un collectif qui grossit alors que la situation des jeunes migrants isolés inquiète de plus en plus à Nantes. Et notamment pour les dizaines d’entre eux reconnus comme majeurs mais qui ont engagé un recours pour bénéficier de la protection du conseil départemental. Dans un vide juridique, personne n’assure leur prise en charge. « En février, on était dix, se rappelle Nathalie Le Berre, l’une des coordinatrices. Aujourd’hui, 200 foyers participent : des papys et mamies, des colocataires, des médecins, des gens qui habitent rue Crébillon… Beaucoup de parents qui se disent qu’il est impensable de laisser des enfants dans cette situation. »

« Souffler un peu »

A Carquefou, Marc et Bénédicte ont aussi sauté le pas. Le couple de sexagénaires vient de dire au revoir à Fatoumata, une jeune femme de 31 ans qu’ils ont logée six semaines. C’est à l’église qu’ils ont connu cet autre dispositif, pour les demandeurs d’asile, cette fois. Le réseau JRS Welcome (service jésuite des réfugiés) a été relancé en 2015 en pleine crise migratoire. « Chez nous, elle a pu souffler un peu, et se consacrer à ses démarches plutôt que de chercher à manger, avance Marc, retraité. Nous avons de la place et l’envie d’apporter modestement notre part à ce problème. »

« Il fallait trouver une alternative au manque de moyens de l’Etat, explique Cécile Marty, bénévole chez JRS. Normalement, les demandeurs d’asile ont droit à un logement en Cada mais ils sont complets. En ce moment, nous mettons à l’abri une vingtaine de personnes, principalement venues d’Afrique, à qui nous proposons un accompagnement de six mois. Notre réseau compte une centaine de familles. »

Besoin de volontaires

Et ces deux associations recherchent d’autres volontaires. « Il faut proposer a minima un lit, une douche et un repas. Cela peut être un week-end ou de façon pérenne, indique Nathalie Le Berre. L’idéal, c’est une semaine par mois, pour que le jeune fasse diverses rencontres. » Au réseau Welcome, la durée est de quatre à six semaines pour les mêmes raisons. « Mais aussi pour que ce ne soit pas trop lourd pour les familles en termes d’organisation, indique Cécile Marty. Et que les liens n’aient pas trop le temps de se tisser. »

Chez Lucie et François, c’est pourtant parti pour. Avec Abdoulaye, 17 ans et demi, une vraie vie de famille s’est installée et le jeune homme, désormais scolarisé, a même été invité à des vacances en Bretagne. « Même si c’est du dépannage, c’est comme un enfant de plus, confient Lucie et François. Sauf que nous ne représentons rien juridiquement pour lui. » Pour l’instant, le couple vit au jour le jour « sans trop cogiter ». « Aujourd’hui, le risque pour nous de l’héberger est minime mais si son dossier est rejeté, il deviendra clandestin. Humainement, nous aurons à nous poser une question très très difficile… »

Source : 20Minutes