NEOM, le projet hallucinant à 500 milliards du prince héritier d’Arabie saoudite

Le tout-puissant, Mohammed ben Salmane, a annoncé mardi la création d’une gigantesque zone de développement économique sur les rives de la mer Rouge. Son coût: plus de 500 milliards de dollars.

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L’homme le plus puissant du royaume a fait durer le suspense ce mardi 24 octobre à Riyad. Alors qu’il devait initialement ouvrir le Future Investment Initiative, grand forum sur la diversification économique du pays orchestré par Richard Attias, Mohammed ben Salmane (MBS) s’est fait remplacer au pied levé par son ministre du Commerce. Habitué à travailler avec ses équipes au beau milieu de la nuit, le prince héritier du trône d’Arabie saoudite n’est apparu que vers 15 heures, accueilli comme une rock star par les 2.500 happy few qui garnissaient l’immense salle plénière aux allures de Versailles au Ritz Carlton de Riyad. Tout sourire, celui qui a initié la fameuse Vision 2030 censée sortir le royaume de sa dépendance au pétrole, a commenté le mégaprojet, annoncé par communiqué quelques minutes plus tôt, de création d’une gigantesque zone de développement économique sur les rives de la mer Rouge pour plus de 500 milliards de dollars.

Très complice avec les PDG de Blackstone, Stephen  Schwarzman, ou de Softbank group, Masayoshi Son, présents à ses côtés sur scène – contrairement aux entreprises européennes, l’omnipotent MBS, 32 ans, a donné les grandes lignes de ce projet fou, baptisé NEOM, qui vise à construire à partir de rien un espace économique ultra-connecté d’une superficie de 26.500 km2, grand comme trois fois l’île de Chypre, dans le nord-ouest du pays. « Nous avons besoin de la technologie de demain, de drones, de parkings, d’infrastructures. Notre pays veut des ‘dreamers’ plutôt que de choses conventionnelles », s’est-il enthousiasmé, sortant de sa poche deux téléphones portables, un ancien mobile et un smartphone pour illustrer le changement qu’il souhaite imposer au royaume wahhabite. Débordant d’optimisme et de projets, celui qui cumule les postes de ministre de la Défense et de président du Conseil économique et de développement, s’est même laissé aller à dire que NEOM accueillera bientôt « plus de robots que d’habitants ».

Outre Blackstone et Softbank group, qui a lancé en mai avec Riyad le plus gros fonds tech de la planète (93 milliards de dollars levés), les sociétés américaines Boston Dynamics (robotique) et Arconic (fabrication de métaux), sont également associées au projet. Et si l’on ajoute à cela le rôle majeur dans NEOM des cabinets d’audit McKinsey et Boston Consulting Group, le deal a des allures de jackpot pour les États-Unis. « Les Américains sont historiquement en position de force en Arabie saoudite mais depuis la visite de Trump en mai, c’est encore plus significatif », observe Jean-Jacques Barberis, ancien conseiller de François Hollande aujourd’hui en charge des clients institutionnels d’Amundi, filiale du Crédit Agricole présente en Arabie saoudite. « La France ne peut pas rivaliser avec les Américains mais il y a un créneau pour nos entreprises en proposant des projets conformes à la Vision 2030 », abonde Stéphane Boujnah, patron d’Euronext.

AccorHotels en pole position côté français

Parmi les entreprises tricolores qui pourraient tirer profit de NEOM, le nom d’AccorHotels est celui qui revient le plus souvent. Le groupe hôtelier français, présent de longue date dans le pays, entend bénéficier des forts besoins touristiques du royaume. Le PDG du groupe Sébastien Bazin et Nicolas Sarkozy, membre du conseil d’administration, sont d’ailleurs attendus aujourd’hui à Riyad où l’ex-président de la République rencontrera MBS avant de participer à une conférence jeudi. Appuyé pour l’instant en plus des Américains par des investisseurs asiatiques, NEOM concernera des secteurs aussi divers que l’énergie, l’eau, la biotechnologie, l’alimentation, le numérique, les médias et les divertissements, a précisé le Fonds public d’investissement saoudien dans un communiqué.

Cet énorme projet reste toutefois encore assez flou. « Nous ne savons pas précisément ce que les Saoudiens veulent faire », indique un diplomate. Il est simplement acquis qu’il intègre un grand projet touristique consistant à transformer une cinquantaine d’îles de la mer Rouge en stations balnéaires de luxe. D’autres projets devraient aussi être annoncés dans les prochains mois par Riyad. Le gouvernement saoudien envisage notamment de créer une ville nouvelle entre La Mecque et la mer Rouge et de faire de l’aéroport de Tabouq, dans le nord du pays, un hub aérien qui irriguerait les sites touristiques du pays. S’agissant de ce projet, la France a d’ailleurs ses chances puisque les Saoudiens ont selon nos informations sollicité certaines entreprises hexagonales.

Source : Challenges