Quand Google rêve de contrôler l’humanité

Dans une vidéo interne révélée par le site américain «The Verge», Google développe une théorie prospective pour influencer le comportement humain à travers la compilation des données personnelles. Une «opération qui n’est pas liée à un produit actuel ou futur», se défend la multinationale

Quand Google rêve de contrôler l’humanité

Un monde où une puissante multinationale utilise les données collectées sur ses utilisateurs pour influencer leurs choix, modifier leurs goûts voire même, à terme, modifier leur patrimoine génétique? Il ne s’agit pas d’un scénario de science-fiction, mais d’une théorie prospective développée par le géant californien Google. Diffusée par le site américain The Verge, la vidéo destinée à l’usage interne n’aurait, en principe, jamais dû être diffusée.

Pour vous aider dans cette tâche, Google a besoin d’accéder à toutes vos données personnelles

Réalisée en 2016 par Nick Foster, responsable du laboratoire de recherche et développement de Google, baptisé division X, la séquence de près de neuf minutes offre une vision dystopique du contrôle de la population à travers le big data et d’un monde façonné à l’image de Google. L’envers du décor ainsi révélé offre un aperçu glaçant du pouvoir potentiel de la technologie.

Comment les expériences d’un être humain peuvent-elles modifier le code génétique interne et les caractéristiques physiologiques des générations futures? Google part de cette interrogation pour imaginer un immense registre de données compilées utilisé pour influencer le comportement humain. Son nom: «The selfish Ledger (le registre égoïste), ouvertement inspiré de l’ouvrage de Richard Dawkins The Selfish Gene, publiée en 1976. Dans ce livre, l’auteur émet un postulat iconoclaste: les êtres humains ne sont que des vecteurs, la véritable humanité se situe dans les gènes, éléments fondateurs de sa théorie de l’évolution. Par analogie, on peut penser que Google effectue le même renversement dans sa vidéo en célébrant la suprématie des données personnelles face à des individus réduits au rôle d’enveloppes corporelles.

Théorie épigénétique

La vidéo démarre sur des références à des théoriciens de l’évolution tels que Jean-Baptiste de Lamarck, Charles Darwin ou encore Bill Hamilton. Point commun de leur pensée: l’épigénétique, la discipline qui étudie la nature des mécanismes modifiant de manière réversible, transmissible et adaptative l’expression des gènes sans en changer l’ADN. Le tout sur une entêtante mélodie.

Dans ce monde imaginaire, Google aide les citoyens à résoudre des problématiques globales. La vidéo met en scène une application qui propose aux utilisateurs d’adopter ses valeurs à travers trois challenges: manger plus sain, protéger l’environnement et promouvoir l’économie locale. Au moment de choisir l’un d’entre eux, un message d’avertissement apparaît: «Pour vous aider dans cette tâche, Google a besoin d’accéder à toutes vos données personnelles.»

Google, aide-moi à…

Après avoir autorisé Google à analyser son historique et sélectionné l’impact écologique, l’utilisateur se voit épaulé à chaque pianotage sur son téléphone. Exemples: au moment de commander un Uber, l’application propose à l’utilisateur le service de covoiturage «Uber Pool». Lorsqu’il s’apprête à acheter des bananes provenant du Honduras, du Costa Rica ou de République dominicaine, un petit conseil apparaît: «Essayez plutôt l’option «cultivée localement.»

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La balance idéale

En analysant l’historique des données d’utilisateur, Google peut également tenter d’imposer l’achat d’un objet manquant servant à collecter des données. Le tout étant de créer une proposition personnalisée, en fonction de ses goûts, pour être sûr de le convaincre. A l’écran, le narrateur jongle entre des dizaines de balances avant de sélectionner la plus susceptible de plaire au destinataire. A la fin de la vidéo, Google va encore plus loin et ambitionne de trouver des remèdes contre la pauvreté, les maladies ou la dépression, à travers des transactions de données multigénérationnelles.

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