Saint-Exupéry : le monstre des mers qui émet autant de CO2 que 55 millions de voitures !

Avec l’essor de la mondialisation, les échanges internationaux de marchandises s’effectuent principalement via des porte-conteneurs, des bateaux de transport colossaux qui sillonnent les océans et mers du globe pour approvisionner le monde entier. C’est ainsi que le groupe CMA CGM vient d’inaugurer le plus gros porte-conteneurs au monde battant pavillon français. Si le transport maritime est encore le moins polluant, les grands médias l’ont accusé d’être un pollueur considérable. Info ou intox ?

CMA-CGM-Antoine-Saint-Exupery

Jeudi 6 septembre, le plus gros porte-conteneurs au monde battant pavillon français, le « CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry » a été inauguré au Havre. Ce premier navire d’une série de trois fait partie des 10 plus gros bateaux du monde et pour cause, ces caractéristiques sont impressionnantes :

  • longueur : 398 mètres , c’est plus que 4 terrains de football ;
  • largeur : 59 mètres ;
  • une poussée équivalente à celle de 10,5 réacteurs d’Airbus (3 000 KNewton) ;
  • il peut contenir 20 600 conteneurs, qui alignés, forment une chaîne de 123 kilomètres.

détaille le constructeur français CMA CGM.Ce porte-conteneurs est un véritable rouage de la mondialisation puisque 90 % des échanges de marchandises transitent maintenant au moins une fois par la mer que ce soit les biens fabriqués en Asie (dont en Chine) ou les produits alimentaires importés (fruits exotiques) et exportés (céréales, viande…).

Le « CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry » renforcera la plus longue route maritime du monde qui relie l’Asie à l’Europe du Nord : la French Asia Line 1.
Il effectue sa boucle en 84 jours : en partance de France, il exportera vers l’Asie (et principalement la Chine) des produits français (parfum, bateaux, rames de métro, vin, viande de porc…) ; puis il se chargera en biens de consommations manufacturés asiatiques à destination du marché européen.

Symbole de la mondialisation, le « CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry » n’a pas été construit en France mais sur le chantier philippin Hanjin Heavy Industries & Construction Philippines de Subic Bayaux.

Le « CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry », une pollution effarante ?

Avec de telles dimensions, l’énergie nécessaire pour mettre en mouvement ce navire est considérable. Si le groupe CMA CGM souligne que son nouveau mastodonte bénéficie des meilleures technologies disponibles pour diminuer sa pollution, les grands médias ont avancé des chiffres ahurissants sur ses émissions de CO2. « Le Saint-Exupéry carbure au fuel lourd et émettrait autant de CO2 que 55 millions de voitures, » ont déclaré France 2, Sud-Ouest et d’autres médias qui ont diffusé ce chiffre insensé : une fake news de plus pour les grands médias

Réfléchissons un instant, 55 millions de voitures, c’est plus que le parc automobile français (un peu moins de 40 millions de véhicules) !
Autre indice : normalement, le transport maritime est moins polluant que le transport routier. Autrement dit, si les conteneurs transitaient par la route, cela voudrait dire qu’environ 20 000 camions pollueraient autant que 55 millions de voitures… Comment peut on prendre au sérieux un tel chiffre ?

Nous avons contacté le groupe CMA CGM pour en savoir plus… Dans les faits, le « CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry » émet environ 30 g de CO2 par km et par conteneur, soit 618 kg de CO2 par km lorsqu’il transporte 20 600 conteneurs. Or, en 2010 (considérant que l’âge moyen du parc automobile est d’environ 9 ans) une voiture individuelle neuve émettait 130 g de CO2 par km. Ce qui signifie que le porte-conteneur pollue autant que 4 750 voitures, nous sommes très très loin des 55 millions

Et si l’on comparait avec le transport routier ? Selon les calculs réalisés par le groupe CMA CGM, un camion émet environ 80 g de CO2 par tonne et par km quand le « CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry » émet 3 g de CO2 par tonne et par km, le rapport est donc là encore très favorable au navire qui émet 26 fois moins de CO2.

Cela s’explique par différents facteurs : plus le navire est imposant, moins il pollue par EVP (Equivalent Vingt Pied ~ un conteneur) et moins il va vite, moins il pollue également. En outre, le « CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry » est doté d’innovations technologiques qui réduisent sa pollution :

  • un Becker Twisted Fin permettant d’améliorer les performances de l’hélice ;
  • un moteur de nouvelle génération permettant une réduction significative de la consommation d’huile (-25%) et de carburant.

D’ailleurs, le Groupe a diminué les émissions de CO2 par conteneur transporté de 50% entre 2005 et 2015 et entend les réduire encore de 30% d’ici 2025, alors qu’elles ont déjà baissé de 10% en 2017.

CMA CGM s’engage pour des transports maritimes moins polluants

Si le nouveau géant des mers émet déjà 14 % de moins de CO2 que la génération précédente de porte-conteneurs, le groupe CMA CGM a commandé 9 mastodontes de 22 000 EVP – donc encore plus gros – qui seront propulsés avec du GNL (Gaz Naturel Liquéfié), un carburant bien moins polluant que le fuel lourd utilisé jusqu’alors.

Les gains attendus sont les suivants :

  • – 25% d’émissions de CO2 ;
  • – 99 % d’émissions de souffre ;
  • – 99 % d’émissions de particules fines ;
  • – 85 % d’émissions d’oxyde d’azote.

Si quelques navires de croisière et petits porte-conteneurs naviguent déjà au GNL, ce sera une première mondiale pour des navires aussi imposants.Enfin, soulignons que le « CMA CGM Antoine de Saint-Exupéry » est doté d’une double cuve pour éviter les marées noires et d’un traitement des eaux de ballast pour éviter toute contamination de l’eau par des espèces envahissantes.

Cependant, ces engagements environnementaux ne permettront pas de compenser la hausse du trafic maritime.
En 2015, l’ensemble des navires qui sillonnent les océans ont représenté environ 2,6 % des émissions planétaires de CO2 (932 millions de tonnes de CO2) ; 87 % de ces émissions sont dues au trafic de marchandises.
Or ces émissions devraient augmenter fortement d’ici 2050 (de 20 % à 250 % de plus selon les auteurs)

Si les porte-conteneurs sont beaucoup moins polluants que des transports routiers ou aériens, leur multiplication montre que la consommation ne cesse d’augmenter au niveau planétaire, ce qui n’est absolument pas compatible avec la préservation de l’environnement.

Et les bateaux électriques ?

Hors propulsion nucléaire, les moteurs électriques restent cantonnés aux petits bateaux de plaisance et de tourisme. Le marché de l’électrique dans le nautisme représente seulement 1% de la production des chantiers navals en France.

Et pourtant, les avantages sont évidents : moins de pollution de l’air et de l’eau, moins de bruit, de vibrations, coûts d’utilisation réduits… Pour Xavier de Montgros, président de l’AFBE (l’Association Française pour le Bateau Electrique) : « il faudrait passer à un niveau supérieur pour développer la filière, il serait pertinent de créer un environnement réglementaire et fiscal permettant d’amorcer et d’accélérer la transition. La France pourrait être le leader mondial dans ce domaine si un plan de transition énergétique était mis en place avec des mesures comme la détaxation de l’électricité à l’instar du gasoil pour les professionnels, la limitation des zones d’accès uniquement aux motorisations électriques… des pays comme la Norvège et les Pays-Bas ont déjà envisagé des mesures comme l’obligation de bateaux à propulsion électrique à Amsterdam pour 2025, un plan de transition énergétique de toutes les flottes en Norvège … ».

La France compte environ 5 000 petits bateaux électriques, des centaines d’engins de plage (jet ski, trimarans, kart…), des dizaines de vedettes de transports de passagers, des navettes ou bateaux de tourismes électriques ou hybrides qui naviguent sur les lacs, rivières et bord de mer.

Référence

Greenhouse gas emissions from global shipping, 2013–2015 ; Naya Olmer, Bryan Comer, Biswajoy Roy, Xiaoli Mao, Dan Rutherford

Source : notre-planete.info