«Avec le smic, on vit, sans plus»

Des experts préconisent une réforme du mode de calcul du smic. Nawfel, vendeur dans un magasin d’un centre commercial de Cergy (Val-d’Oise), fait partie de ces 1,6 million de Français qui vivent avec le salaire minimum.

7460925_temoin-smic003_1000x625

Les décorations de Noël sont suspendues aux devantures des magasins, les tubes résonnent dans les allées de ce centre commercial de banlieue surveillées par une armée de vigiles. Derrière son stand de lampes à diffuseur de parfum, Nawfel attend ses clients.

« Mon objectif, c’est 30 000 € de vente à la fin du mois, lance-t-il, motivé. Si je les fais, je toucherai une prime de 1 000 €. J’en ai vraiment besoin. » Et pour cause : son CDD d’un mois aux 3-Fontaines de Cergy (Val-d’Oise) sera payé au smic. A l’approche de Noël, et à quelques mois d’accueillir son premier enfant, Nawfel veut mettre des sous de côté.

«Avec ma femme, on compte tout»

« Avec ma compagne, qui est coiffeuse en alternance, on compte tout, glisse-t-il. Si on ne travaillait pas tous les deux, on ne pourrait pas s’en sortir. » Que pense-t-il de ces experts affirmant que le smic est trop rémunéré pour le travail fourni ? Il lève les yeux au ciel : « Avec le smic, on vit, sans plus, mais on ne profite pas de la vie. A la fin du mois, j’arrive à mettre 100 € de côté. » Ses petits plaisirs ? Un buffet asiatique à volonté, « le meilleur rapport qualité-prix », tous les quinze jours. Et des vacances en Espagne, l’été dernier, qu’il a fallu éponger financièrement pendant des mois.

Avec un sourire fatigué, Nawfel raconte qu’il s’est levé à 6 h 30 pour prendre son train, faire ses trois changements et être à son poste à 9 h 45. « En voiture, ce serait moitié moins long, reconnaît-il. Mais rien que pour passer le permis, c’est plus d’un mois de salaire ! Je ne parle même pas de l’essence, de l’assurance et du reste. »

Morgane partage cet avis. Derrière son étal de chocolats belges, la jeune femme n’a encore rien vendu. La prime de vente, elle n’y songe même pas. Et avec son contrat de 25 heures, ce ne sont pas ses 1 000 € brut de salaire qui vont lui permettre d’acheter les cadeaux de Noël une fois les factures et les courses réglées. « Je vis toujours avec ma mère, je n’ai pas le choix, lâche-t-elle. Je participe aux dépenses et il ne me reste plus rien le 30 du mois. Là, je vais devoir lui demander de m’avancer de l’argent pour acheter des cadeaux. » Elle soupire. Et reprend, agacée : « Si j’étais au chômage, je gagnerais mieux ma vie. Ça se saurait si on était si bien payé que ça avec un smic ! »

Au fond de la galerie marchande, Houari, 34 ans et Père Noël à mi-temps, s’étrangle quand on lui évoque tout cela. Entre deux photos avec des bambins, le Santa Claus de Cergy raconte qu’il lui reste moins de 100 € pour finir le mois. Il faut dire qu’il touche à peine plus que le smic horaire. Alors, ce n’est pas son contrat mensuel de 81 heures qui va « payer les couches ou les frais de santé à avancer » pour son bébé né le mois dernier. « En temps normal, avec mon job d’animateur commercial, on y arrive tout juste, précise-t-il. Mais dès qu’il y a une tuile, comme une amende le mois dernier, c’est l’enfer ! » Pas question de broyer du noir pour autant. Un petit garçon vient de s’éjecter de sa poussette pour venir l’embrasser. Le Père Noël dégaine son large sourire. Et remballe ses problèmes d’argent dans sa hotte.

7461486_eco-smic-v2

Source : Le Parisien