La France championne d’Europe de l’impôt

Le jour de « libération fiscale » à partir duquel les Français travaillent pour eux et non plus pour les services publics arrive le vendredi 27 juillet, après tous nos voisins européens.

French President Emmanuel Macron attends the traditional Bastille Day military parade on the Champs-Elysees in Paris
French President Emmanuel Macron attends the traditional Bastille Day military parade on the Champs-Elysees Avenue in Paris, France, July 14, 2018. REUTERS/Charles Platiau

Il n’y a pas eu d’effet magique Macron. La France reste, encore cette année, le pays le plus fiscalisé et taxé socialement de l’Union européenne, selon l’étude annuelle de l’Institut économique Molinari (IEM) dont Le Figaro publie les résultats en exclusivité. Cette année, les Français ne seront «libérés fiscalement» que ce vendredi 27 juillet, soit deux modestes jours plus tôt qu’en 2017.

Pour obtenir ce résultat, l’IEM a calculé le «salaire complet» (salaire brut additionné des charges patronales) d’un salarié moyen. Ce salaire, de 56.815 euros pour un Français, apparaît plutôt élevé. Mais il est grevé par un total de charges et impôts de 32.233 euros qui, transformé en un taux de socialisation et d’imposition réelle de 56,73 % et rapporté à un calendrier de 365 jours, donne cette année le 27 juillet comme date de libération fiscale pour la France.

La même méthode donne des résultats très différents pour nos grands voisins. En Allemagne, le jour J a lieu le 10 juillet, deux jours après l’Italie. En Pologne, c’était le 15 juin, une semaine après l’Espagne. Au Royaume-Uni, le 8 mai… Les Chypriotes s’étaient acquittés en premier de leurs obligations de financement de leurs services publics dès le 27 mars.

Cette méthode originale, façonnée aux États-Unis dans l’après-guerre, a le mérite de populariser les débats sur la taille des dépenses publiques ou le rôle de l’État dans l’économie. Ses résultats sont confortés par les chiffres officiels d’Eurostat. Les dépenses publiques françaises ont en effet légèrement diminué de 2016 à 2017, passant de 56,6 % à 56,5 % du PIB. Mais pas suffisamment pour provoquer un recul de l’Hexagone, qui conserve sa première place, en termes de dépenses publiques, sur le podium européen.

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Sur le papier, Emmanuel Macron promet de faire bouger les lignes. Selon les documents envoyés en avril à Bruxelles, il ambitionne sur son quinquennat de baisser le ratio de dépenses sur PIB de quatre points d’ici à 2022 et le taux des prélèvements obligatoires d’un point. Dans la pratique, la suppression en janvier d’une partie des cotisations salariales, compensée par une hausse de 1,7 point de la CSG, n’a pour l’instant pas suffi à alléger le poids global des prélèvements.

Le bond en avant belge

«La prise de conscience de la nécessité de baisser le coût du travail en France remonte à la fin du quinquennat Hollande, note Nicolas Marques, directeur général de l’IEM. Mais comme il n’y a toujours pas eu de réduction significative de la dépense publique, il est à craindre que la baisse de la fiscalité et du chômage soit sans rapport avec ce qui se passe chez nos voisins.»

«Cet indicateur mesure la date à partir de laquelle le salarié devient libre d’utiliser, comme il le souhaite, les fruits de son travail, et non la date à partir de laquelle il cesserait de travailler pour la ­collectivité»

L’évolution de la Belgique, qui fut bonne dernière du classement pendant des années, est à cet égard très significative. Le jour de «libération fiscale» du plat pays était le 6 août en 2015, le 27 juillet en 2016 et 2017 et enfin le 17 juillet cette année. Pour Cécile Philippe, la présidente de l’IEM, cela s’explique par «la continuation des efforts du gouvernement fédéral. Les charges patronales et l’impôt sur le revenu avaient déjà baissé significativement en 2016. Elles continuent de baisser cette année et on constate une baisse du chômage quatre fois plus rapide qu’en France».

Le concept du jour de «libération fiscale» donne une idée du degré de socialisation d’une économie même si ce n’est pas un indicateur du bien-être des citoyens qui bénéficient, indirectement, de l’argent récupéré en cotisations ou impôts pour être redistribué ou dépensé. «Cet indicateur mesure la date à partir de laquelle le salarié devient libre d’utiliser, comme il le souhaite, les fruits de son travail, et non la date à partir de laquelle il cesserait de travailler pour la collectivité», précise l’IEM. D’ailleurs, en 1974, l’économiste libéral Milton Friedman, grand défenseur du concept, suggérait dans une tribune au magazine américain Newsweek de célébrer non pas un jour de «libération fiscale» mais d’«indépendance personnelle»…

Source : Le Figaro