La crise au Média, sujet tabou chez les Insoumis

Alors que les cofondateurs de la web-télé se déchirent, Jean-Luc Mélenchon et les cadres de La France insoumise restent silencieux.La crise au Média, sujet tabou chez les Insoumis

« J’ai suivi ça de loin », « désolé j’étais en vacances », « on dirait un sac de nœuds »… Depuis mi-juillet, Le Media, cette web-télé proche de La France insoumise, voit ses cofondateurs s’étriller dans la presse et sur les réseaux sociaux. Mais au sein du mouvement de la gauche radicale, qui tient ce week-end son université d’été à Marseille, on semble avoir complètement loupé le feuilleton de l’été. « Pas de commentaires », répond Eric Coquerel.

« Le Média, ce n’est pas La France insoumise », tranche Alexis Corbière.Et pourtant… Il y a tout pile un an, c’est précisément à Marseille, où La France insoumise tenait déjà son grand raout de rentrée, que le lancement du Média avait été annoncé. C’était lors d’une conférence intitulée « Faut-il dégager les médias ? » A la tribune d’un amphithéâtre bondé, Sophia Chikirou, l’ex-directrice de communication de Jean-Luc Mélenchon, était alors assise à côté d’Aude Lancelin, ex-journaliste à « l’Obs ». Le ton était moqueur, les deux femmes riaient de bon cœur et dénonçaient ensemble le « système médiatique ».

Un an plus tard, voilà qu’elles, et leur entourage respectif, s’accablent de tous les maux par médias interposés et tweets vengeurs. Accusée d’avoir fait régner la terreur dans les locaux de Montreuil, Sophia Chikirou a été poussée à démissionner de la présidence du Média mi-juillet. Aude Lancelin l’a remplacée à la tête de l’entreprise de presse. Depuis, la guerre est déclarée entre, d’un côté, la communicante et ses proches et, de l’autre, la nouvelle boss et les cofondateurs Henri Poulain et Gérard Miller. Le 10 août, Mediapart a révélé que Sophia Chikirou a reçu via sa société Mediascop le paiement d’une facture de 64.000 euros. Le 14 août, elle reçoit un courrier du Media exigeant le remboursement de cette somme avant le 31 août sous peine de dépôt de plainte pour « abus de bien social« . Ce que l’intéressée n’a pas du tout l’intention de faire. Les coups pleuvent. Des deux côtés, on menace de porter l’embrouille devant la justice.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux socios, (les contributeurs citoyens du Média), n’en croient pas leurs yeux devant pareil spectacle. Certains annoncent d’ores et déjà qu’ils ne remettront pas un euro dans le projet. D’autres réclament des comptes. Et parmi eux, figurent de nombreux électeurs de Jean-Luc Mélenchon à la dernière présidentielle.

Le leader « insoumis » va-t-il s’exprimer sur le sujet ? En janvier dernier, après que le Média a diffusé ses premiers journaux télévisés, le député de Marseille avait mis la main à la pâte en invitant ses troupes à soutenir financièrement l’aventure dans une de ses revues de la semaine. « C’est une expérience. Ils tentent quelque chose. Il faut les aider les gars, faut pas tourner autour du pot, faut pas rester les bras croisés. Par exemple, on peut donner des sous », exhortait-il face caméra. Six mois plus tard, peut-il à son tour rester « les bras croisés » ? Entre Sophia Chikirou, sa proche conseillère à qui il vient de confier pour mission de préparer la campagne des européennes, et la nouvelle équipe dirigeante du Média – rappelons que Gérard Miller est son ami – JLM va-t-il jouer les arbitres ? Ou choisir de rester silencieux ?

Dans tous les cas, l’affaire a déjà donné des arguments à la majorité macroniste. « Ils voulaient gouverner le pays, ils ne sont même pas capables de gérer une web-tv », a ainsi tweeté le député LREM Gabriel Attal.

A Marseille, où les Insoumis font leur rentrée, le Media n’a envoyé personne. La web-télé a préféré dépêcher une journaliste à Grenoble, où se tient, depuis mercredi, l’Université d’été rebelle et solidaire des mouvements sociaux et citoyens. Le signe d’un début d’émancipation de la tutelle insoumise ? Sophia Chikirou sera, elle, bien présente dans la cité phocéenne. Dans les allées du parc Chanot, derrière les discours anti-Macron, la crise au Média ne fera l’objet d’aucune table ronde, mais sera présente dans tous les esprits.

Source : nouvelobs.com